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L’Allemagne en tête de course pour la 4e révolution industrielle

En bref

Ayant quelques années d’avance sur le reste du monde, l’Allemagne démontre déjà des retombées impressionnantes des solutions de l’industrie 4.0 sur leur secteur manufacturier. Le Canada se trouve encore loin derrière l’Europe, les États-Unis et l’Asie. Les résultats allemands peuvent donc nous servir d’indice quant aux bénéfices de suivre le mouvement de la quatrième révolution industrielle ainsi que d’aider à éliminer la réticence canadienne à attraper la vague.

Le terme Industrie 4.0 est sur toutes les lèvres. Il crée un gros buzz dans le monde des affaires en ce moment. On parle d’optimisation, de numérisation, de big data, de deep learning, d’intelligence artificielle, d’internet des objets, d’ERP (PGI), etc. Pour la firme de consultation Boston Consulting Group, la capacité des entreprises à collecter des données est une question de vie ou de mort. C’est surtout une possibilité d’obtenir de 20 à 30% de plus sur le bénéfice avant intérêts et impôts (BAII) grâce à l’utilisation de ces données dans la gestion d’entreprise. Et ce, pour tout type d’industrie confondu [1]. Les avenues menant à la quatrième révolution industrielle sont innombrables. Choisir laquelle convient à un cas donné peut s’avérer un exercice étourdissant, d’autant plus que le mouvement n’en est qu’à ses débuts au Québec. Les retours sur investissement demeurent difficiles à évaluer ce qui alimente une inévitable réticence au changement.

Bien que le concept de l’usine intelligente n’en soit qu’à ses débuts dans la belle province et le reste du pays, il a déjà fait beaucoup de chemin en Allemagne. Une étude faite par la BDC en mai 2017 [2] constate un retard inquiétant du Canada par rapport aux entreprises américaines, européennes et asiatiques. Cette même étude démontre que seulement 39% des entreprises canadiennes participantes avaient déjà mis en œuvre des stratégies associées à cette révolution industrielle et que la majorité de ses participants avaient investi moins de 100 000$ dans leurs projets. À des fins de comparaison, notons qu’une étude effectuée l’année dernière par Ingenics suite à la demande de Frauenhofer IAO, l’institut du génie industriel et de l’organisation de Stuttgart [3] estimait à 65% la proportion des entreprises allemandes disposant de solutions 4.0 avancées. Ce n’est pas un hasard si notre premier ministre Philippe Couillard rendait visite à la Bavière en juillet dernier dans le but «d’assurer l’implantation rapide des processus de l’usine intelligente dans les entreprises manufacturières du Québec» [4].

Parmi les résultats fournis dans cette analyse réalisée auprès de 844 manufacturiers allemands[3], les plus fascinants sont certainement ceux découlant de l’évaluation concrète des effets de l’implantation des solutions 4.0. Bien que seulement une partie des participants à l’étude ont déjà pu quantifier la performance de leur stratégie numérique, ces derniers ont constaté une réduction des temps de déplacement de 14,5% en moyenne. C’est logique, une fois les machines et les employés connectés, les travailleurs de la production n’ont plus besoin de se déplacer pour réclamer de nouvelles matières premières, par exemple. Il suffit d’un simple clic dans leur progiciel de gestion intégrée et la commande est lancée, les matériaux ne devraient pas tarder. En moyenne, l’exemple allemand dénote des gains de productivité variés ayant mené à une réduction des coûts de 10% et une augmentation des revenus de 7.9% (voir graphique 1). Selon Ingenics, moins de 1% des participants ont mentionné que leurs projets technologiques n’ont pas connus de succès. Bien qu’il demeure vrai que les retours sur investissement sont difficiles à évaluer de façon précise, ils n’en sont pas moins garantis.

Graphique 1 : Les résultats quantifiables, en moyenne, démontrés par l’implémentation des solutions de l’industrie 4.0

L’utilisation de technologies associées à la révolution industrielle a aussi provoqué d’autres types d’améliorations n’ayant pas d’effet monétaire direct. Il va de soi que l’usine intelligente implique l’accès et la collecte d’une grande quantité de données ce qui permet une augmentation générale de la transparence de l’information dans l’entreprise. Ce fut le cas pour 49% des répondants manufacturiers allemands. Subséquemment, la distribution de ces données peut être un excellent outil de gestion. En partageant ces informations aux dirigeants ainsi qu’aux travailleurs, on encourage une responsabilisation des employés et du même coup, une meilleure efficacité des processus, dans 46% des usines selon Ingenics.

Graphique 2: La proportion d'entreprises qui ont discerné d'autres bénéfices non quantifiables déjà démontrés par l'implémentation des solutions de l'industrie 4.0

Par contre, en Europe comme au Canada, les choses évoluent très vite. Les propriétaires d’entreprises du Québec ont certainement intérêt à se renseigner sur les possibilités qui s’offrent à eux afin de demeurer compétitifs, surtout maintenant que le taux de change est si avantageux. D’autant plus que de nombreux programmes de soutien sont présentement mis à la disposition des PME manufacturières qui désirent faire le virage vers l’usine intelligente comme le programme de Manufacturier innovant ainsi que le Crédit d'impôt relatif à l'intégration des TI offerts par Investissement Québec ou le Programme PME en action supporté par le MESI en sont de bons exemples. Attendre pourrait représenter le gaspillage de belles opportunités d’affaires. Il est clair que l’Allemagne a une longueur d’avance en ce qui a trait au concept d’usine intelligente. Raison de plus pour s’en inspirer afin de faire profiter le Québec des bénéfices de la quatrième révolution industrielle.


[1] BCG, « Data-Driven Transformation: Accelerate at Scale now », 23 mai 2017;
[2] bdc, « Étude Industrie 4.0: la nouvelle révolution industrielle », mai 2017;
[3] ingenics, « Industrie 4.0 - Wo steht die Revolution der Arbeitsgestaltung? », 2016;
[4] Cloutier, Éric, « Entente entre le CRIQ et FESTO pour implanter l’industrie 4.0 au Québec », Génie de conception, 26 juillet 2016.
Le 8 septembre 2017